« Madame, je suis Arabe, moi ! » La famille Schecroun, d’une clandestinité à l’autre

« L’homme a des ressources terribles en lui. Des ressources mentales et physiques. Seulement, il faut les faire vivre. » C’est en ces termes qu’Émile Schecroun, disparu en juin 2018, évoquait en 2011 sa résilience face aux souffrances vécues dans sa jeunesse. À 13 ans, il avait connu la faim, le froid et la peur avec sa famille, cachée dans les Alpes pour échapper aux rafles franco-allemandes. À 26 ans, il s’était senti proche de la mort, lorsque les policiers tortionnaires d’Oran s’acharnaient à lui faire payer sa participation à la guérilla urbaine.

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« Vous, vous êtes un anti-Français ! » Le siècle de Lucien Hanoun (1914-2018)

Lucien Hanoun s’est éteint le 7 avril 2018, à l’âge de 103 ans, après une longue vie partagée pour moitié entre l’Algérie et la France. Deux pays dans lesquels il avait fermement combattu pour ses idées, et qu’il considérait pareillement comme les siens.

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« La rue de France, c’est une rue d’Algérie ». Rolland Doukhan, un poète algérien

« Constantine / Ma ville entrecroisée / Aux odeurs d’indigence… »[1]. En 1949, l’hebdomadaire communiste algérien Liberté publie pour la première fois les textes de deux jeunes poètes : Malek Haddad, 22 ans, et Rolland Doukhan, 21 ans. Natifs de Constantine, les deux hommes se sont liés d’amitié quelques années plus tôt, au lycée d’Aumale. « Il me ressemblait comme un frère », dira Rolland Doukhan lors d’un entretien en 2007, faisant référence à leur amour partagé de l’écriture et à leur engagement anticolonialiste commun.

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Alger, 16 octobre 1956. Un mariage avant la tempête

Alger, 16 octobre 1956. Entourant un couple de jeunes mariés, quelques convives se font photographier à la terrasse d’un restaurant en bord de mer. Apparemment banale, la scène constitue pour celles et ceux qui la vivent un rare moment de détente dans une période de grande tension individuelle et collective. Elle précède plus exactement de quelques semaines une tempête qui s’abattra bientôt sur la plupart d’entre eux. Continuer la lecture de Alger, 16 octobre 1956. Un mariage avant la tempête

« Je souris ». La guerre d’indépendance de Boualem Khalfa (1923-2017)

Boualem Khalfa s’est éteint le 6 juillet 2017 à Paris, à l’âge de 94 ans. Passé du nationalisme au communisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’enfant de Lakhdaria, devenu instituteur et journaliste à Alger Républicain, fut membre des directions du Parti communiste algérien (PCA) et du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS). Des articles ont dit et rediront son parcours, marqué par plus de 10 années de clandestinité sur le sol de l’Algérie colonisée et indépendante. Ici, des documents d’archives policières et judiciaires et un entretien mené avec lui en 2009 permettront de dessiner trois « scènes » de sa guerre d’indépendance.

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« Je suis encore à Alger ». Jean-Pierre Saïd (1933-2016)

Sur la photographie familiale prise dans une rue d’Alger en 1947, Jean-Pierre Saïd, âgé de 14 ans, se tient quelque peu à l’écart, plongé dans la lecture d’un journal. Cette même année, il quitte définitivement l’école, exclu du lycée Bugeaud pour ses mauvais résultats. Il n’en sera pas moins embauché cinq ans plus tard comme journaliste à Alger Républicain, conséquence inattendue de la première des trois arrestations qu’il subira en une dizaine d’années. Continuer la lecture de « Je suis encore à Alger ». Jean-Pierre Saïd (1933-2016)

Élie Chaïa (1926-2016). Les années 1940 d’un jeune juif algérien

Élie Chaïa s’en est allé l’année de ses 90 ans. Rencontré en 2009, cet homme d’une grande gentillesse avait accepté de raviver ses souvenirs à l’aide de photographies qu’il avait précieusement conservées depuis son adolescence. Pris entre 1940 et 1947, ces clichés témoignent de l’une des trajectoires possibles pour de jeunes juifs d’Algérie pris dans le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale. Une génération naviguant entre les discriminations étatiques, la solidarité communautaire et les révoltes politiques. Continuer la lecture de Élie Chaïa (1926-2016). Les années 1940 d’un jeune juif algérien

Paris, 1952. Amokrane, Jean et l’internationale des étudiants anticolonialistes

Paris, décembre 1952. Le jour de son mariage, Jean Beckouche pose avec son témoin, Amokrane Ould Aoudia, dans sa chambre de la Maison des Lettres, rue Férou. Une maison qui accueille, sous l’œil bienveillant d’un concierge vétéran de la Résistance, nombre de jeunes hommes venus du Maghreb sous domination française poursuivre leurs études dans ce que l’écrivain algérien Kateb Yacine nomme « la gueule du loup » : Paris. Continuer la lecture de Paris, 1952. Amokrane, Jean et l’internationale des étudiants anticolonialistes

« À bientôt dans une Algérie libre et indépendante ». Pierre Ghenassia dit « El Hadj » (1939-1957)

De la photographie familiale dans une rue d’Alger en 1947 à celle sur une plage de Ténès durant l’été 1956, le visage rieur du petit garçon au ballon est resté le même. Quelques semaines après cette journée de baignade, en novembre 1956, Pierre Ghenassia rejoindra un maquis de l’Armée de libération nationale (ALN). Il y mourra trois mois plus tard dans une attaque de l’armée française, le 22 février 1957, à l’âge de 17 ans. Continuer la lecture de « À bientôt dans une Algérie libre et indépendante ». Pierre Ghenassia dit « El Hadj » (1939-1957)

Prison de Oued Rhiou, 7 juin 1967. Algérien, juif, antisioniste

Au troisième jour de la guerre dite des Six jours, déclenchée le 5 juin 1967 par l’attaque de l’armée israélienne contre l’armée égyptienne, William Sportisse rédige une lettre au président algérien Houari Boumediene pour lui exprimer sa solidarité antisioniste « en tant que Juif algérien dont la famille a souffert de l’hitlérisme ».

Ce document est exceptionnel à plus d’un titre : par son contenu, par ses conditions de production, et parce qu’il est resté longtemps inconnu (jusqu’à sa publication partielle en 2012 dans l’ouvrage Le Camp des oliviers). Continuer la lecture de Prison de Oued Rhiou, 7 juin 1967. Algérien, juif, antisioniste